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Turbie, ramassant les olives violettes dans les touffes d’arums-arum italicum (Aroïdées, Linn.). » De Cannes, il nous envoyait ses asters à la plume, les asters bleus, fleuris sur les bords de l’Estérel… Il avait rêvé réunir les strophes d’un vaste poème qu’il eût appelé « L’Olivierade ». Cependant à peine son œuvre gravé en reçoit-il la confidence ; elle est tout entière dans ses lettres. Coffret d’or et d’ébène de toutes ses pensées dispersées, cimetière où il met dormir toutes les petites mortes auxquelles il ne peut donner durablement la vie.

Au retour, il retrouvait sa petite maison de Bièvre, avec le grand jardin au milieu duquel une mignonne fontaine jaillissait, toute claire : « Devant la maison, dit Eugène Demolder dans une page charmante, coulait la Bièvre, bordée de saules mutilés. Ce voisinage d’ondes incita Rops à cultiver des plantes aquatiques. Il en acheta beaucoup, fit une digue, s’arrangea un étang. Les nénuphars germèrent ; mais quel déplorable sol pour le pauvre « mimosa nemu ». Il ne mourut pas, mais il s’attrista dans la terre « maigre, maigre », comme disait le jardinier : fossoyeur à ses moments perdus et habitué aux terres grasses des riches paroissiens, il ne savait rien faire pousser dans ce jardin de « semeur d’ivraie. »

« Cependant Rops adorait Bièvre, à cause de cette belle vallée où le soir les étoiles se reflètent dans l’eau en scintillant au bout des joncs flexibles. On foulait aux pieds la lune, en même temps que la caltha des marais, la parnassie, les menthes, les myosotis et les plantains d’eau. Là, Rops assouvit, deux étés durant, son amour de campagne, que plusieurs années de Paris forcé avaient développé au point de lui faire envier le sort d’un éclusier de Paris : proche voisin de la Morgue, il possède un vignoble aux bords de la Seine et du canal Saint-Martin et il y récolte son vin. »

En 1885, Félicien Rops fait sa première traversée d’Amérique. Sa verve,