Page:Lemonnier - Félicien Rops, l’homme et l’artiste.djvu/236

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sera considérée comme un type captivant et singulier de la vie de l’artiste à la fin du XIXe siècle. Rops, par son œuvre et son art, se situe, en effet, dans la période qui fut celle de ces brillants, aristocratiques, fiers et libres esprits, les de Goncourt. Il a leur curiosité des fièvres et des agitations du Paris morbide qu’ils eurent tous les trois sous les yeux et dont ils subirent jusqu’à l’aigu l’ensorcelante séduction. Il a jusqu’à leur esprit, parfois, dans ses lettres et ses pages d’écrivain. Mais, tandis qu’ils s’en tenaient à l’évidence et à l’exactitude de la notation micrographique, en peintres minutieux, doués d’une optique prodigieuse où se reflétait jusqu’au lointain détail, il brassa, lui, dans des creusets où il la fondait pêle-mêle avec des éléments d’humanité générale à travers les âges, la substance cérébrale des dessous de la vie passionnelle. Son œuvre, parfois, offre la ressource synthétique et simpliste d’une vaste fresque où se déroulerait le rituel orgiaque d’une priapée. Il fut bien par là d’une époque définie et en même temps de toute l’humanité antérieure qui avant elle avait pâti de l’éternel débat de la chair et de l’esprit.

Rops, comme les Goncourt, a le sens subtil du fumet d’humanité qui s’évapore des grands milieux sociaux ; et comme eux aussi, il a le sens des nosologies de son temps, mais un sens péjoratif et terrible. Son art règne aux régions de la perdition ; il est la boue et le feu dont Satan fit ses âmes vénales de filles ; il est le mauvais désir, la perversité et la cupidité dans l’amour ; et l’amour chez lui conclut par la mort. En le dégageant de sa gangue, c’est à cette caractéristique impérieuse qu’on aboutit. L’artiste domine la fin d’un siècle et il l’enterre dans son pourrissoir. Il le flagelle à travers son propre besoin de se flageller de sensations violentes. Il est l’hiérophante des dieux phalliques et le grand satirique des démences vénériennes. Il est à sa manière, avec l’amoralité la plus véhémente, un moraliste au fer rouge. Ceux qui l’accusèrent de faire un art d’argent n’ont pas senti l’ironie de cet