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de tempéraments se retrouvent en vous. Chaque mot écrit ou parlé peut être contredit, cela dépend des opinions des auditeurs, ou des lecteurs et surtout de leurs dispositions gastriques. Donc il ne faut s’inquiéter, hormis de ceux dont on aime l’esprit ou le talent. On ne discute d’ailleurs qu’avec les gens de son opinion et seulement sur des nuances.

« Et maintenant, à votre joli commandement, après ces trois coups triqués à la toile, je cède la place au moucheur de chandelles et au montreur de marionnettes et d’animaux savants. »

Suit un fragment sur la vie dans l’œuvre d’art :

« Ah ! la vie ! quelle maîtresse qualité ! Que vient-on nous parler de formules et de science absolues ! Sunt lacrymæ rerum ! dit l’Énéide. Les choses parlent d’elles-mêmes si vous avez quelque chose à dire ! — Tous les arts sont informulables ! Tenez, je connais une petite gravure de Rembrandt qui représente un Juif, poussant une porte ; la tête est trop grosse, les mains incorrectes, presque enfantines, le corps est trop court, « pas d’ensemble », comme on dit aux académies. Cependant c’est un merveilleux chef-d’œuvre de mouvement et de vie. Jamais Juif n’a été plus Juif. On sent que, dans trois minutes, il va se baisser, ramasser un bouton de culotte, essayer de le faire passer pour un florin, et que dans trois ans le stathouder le nommera baron et qu’il entrera aux États Généraux. »

Puis, cette page sur l’art belge, à laquelle, par les origines il se rattache lui-même :

« Il ne s’agit pas ici de nous adresser des compliments enguirlandés de Brabançonne. C’est le lieu de nous dire : « nos vrais », et il est mieux de nous les dire à nous-mêmes, — cela empêchera les autres de dire trop haut ce qu’ils disent tout bas depuis longtemps.