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devait devenir un peintre brillant, faisait alors son stage d’art. La vie, entre un père qui lui aussi écrivait et un jeune homme qui s’essayait à manier de la couleur, fut plus occupée qu’aventureuse. Rops, d’une passion vive pour cette Dalécarlie dont il devait reparler toute sa vie et où jamais il ne retourna, remplissait des feuillets et peignait des paysages. Sa technique en ce temps inclinait à rappeler celle de Daubigny, influence toute passagère, au surplus, comme les autres, chez ce grand inconstant qui toujours avait l’air, dans ses passades d’art, de s’installer à l’auberge. À l’exemple du maître de l’Oise, il établissait d’abord ses dessous à l’ocre, à la terre de Sienne brûlée, à la terre verte et au noir, obtenant par là-dessus des impressions sourdes qui ne furent pas les meilleures de son œuvre de peintre.

Cependant l’immense limpidité des lacs dalécarliens lui inspira çà et là une peinture claire et distillée, et à Bergen il fit des études nerveuses de la vie du port. Après les heures de travail, on prenait de nombreuses photographies. Ce fut une de celles-ci qui, au retour, lui servit à graver sa Dalécarlienne : Rops, qui dessinait rarement tout à fait d’après nature, utilisa cette fois encore un document précis qui, avec la paire de gants de femme du pays que lui rapporta plus tard Maurice, finit par faire sortir du cuivre une aimable et pittoresque image. Ce fut, du reste, la seule qu’il grava : on ne vit point se réaliser tous les projets de bon travail qu’il s’était proposés là-bas.

L’époque n’en demeure pas moins intéressante pour nous. Elle nous fait voir le dédoublement d’un Rops articlier et la reprise de son goût pour la peinture. Aussitôt débarqué, il part pour Anseremme et il y peint, sur un ais de porte, ce paysage de Klampenborg, station balnéaire près de Copenhague, qui, avec sa vue de Monaco et son étude de femme, bien jaunies depuis sous les repoussés du brun, furent sa contribution à l’hospitalité cordiale du Repos des Artistes.