Page:Lemonnier - Félicien Rops, l’homme et l’artiste.djvu/226

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


c’est contre elles qu’il se défendait en maniant à deux mains la terrible épée de sa blague. À l’abri de l’armure noire qu’il avait revêtue et qui lui donnait l’air d’un archange des Ténèbres, Rops demeura une très pure conscience d’artiste rigide, insoumis aux notions courantes de morale et de convenances sociales.

Edmond Picard, dans un éditorial de l’Art moderne, qu’il créa et qui fut longtemps le journal de ses étincelantes passes d’armes, le fit bien sentir à l’occasion d’un procès célèbre où le défenseur de la partie adverse, pour une vieille histoire à laquelle son nom à lui, Rops, s’était trouvé mêlé, l’avait assez sottement appelé « l’infâme Fely ».

« Hélas ! excellent ami, il faut vous résigner : pour le vulgum pecus, inhabile à démêler votre art puissant et cruel, vous risquez fort de n’être jamais qu’un pornographe…

« Comment espérer qu’en la foule pénétrera jamais l’art compliqué, mélange de réalité et de vision, qui fait de vous un des plus grands artistes de ce siècle, sans antécédent certes, et probablement sans successeur ?

« … Cet art grandiose, où l’être féminin qui domine notre temps, si prodigieusement différent de ses ancêtres, se manifeste en des types que l’âme aiguë d’un grand artiste est seule capable de réaliser, échappe aux regards ordinaires. Ils n’y voient que luxure, appétits sensuels, souvenirs malpropres, appels à la débauche. De la por-no-gra-phie ! dit majestueusement Môssieu Prudhomme. N’essayons pas de dissuader cet hilarant personnage. »

L’artiste, se sentant outragé, avait envoyé des témoins : on ne trouva qu’une toge au vestiaire. Il se vengea par une satire au crayon qui illustra un des catalogues des Vingt.