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blait effets sur les autres. Il endossa la cotte squameuse et phosphorescente qui, d’après les démonographes, est une des robes de Nessus du diable, sans qu’elle lui mordît les os sous la peau. Pour tout dire, il pratiqua un démonisme tombe à des moyens d’art, après avoir été une des formes du culte et de la philosophie des âges.

Son démonisme est le jeu d’esprit d’un incroyant et qui, en réalité, trouva là matière à une psychopathie d’artiste. Au fond, on le sent bien tranquille quant à ce qu’il lui en peut revenir à lui-même. Il n’a pas plus peur du diable que de l’amour et peut-être, en ce temps, de la mort qu’il associe à ses maléfices. Il fait la liturgie du péché sans croire à la damnation ; ses Messes noires sont des rituels de plastique et de passionnalité où la dérision des mystères sacrés n’est point un but. Seule une âme religieuse et demeurée trempée aux fonts baptismaux de la pure doctrine catholique, peut exprimer le tréfonds de l’horreur satanique : le sacrilège alors est l’hystérie amoureuse et l’acte de foi à rebours des torturés du Christ. Rops eut la perversité des sexes et n’attenta qu’au simple et loyal amour.

Son art fut surtout de l’art et à un tel point un art de vie rythmique qu’aux yeux de certains, qui l’approchèrent dans l’intimité de sa conscience, il en faut bannir toute présomption de concept sciemment vénéfique pour n’y voir qu’une admirable sorcellerie d’artiste. Rops, vu sous cet angle, se dénonce un grand vivant buvant librement la vie à toutes les sources bien plutôt que l’ouvrier volontaire du mal pour lequel on voulut le tenir. Sa vertu essentielle fut son indépendance vis-à-vis du monde et sa probité vis-à-vis de lui-même. « Mon Talon d’Achille, là où mon pied léger me blesse, c’est que j’ai la manie de tenir à l’estime artistique de mes contemporains. » L’autre, celle des gens du monde, il l’eut si peu qu’il apporta une sorte d’entrain féroce à la déjouer par les apparences les plus contradictoires. Il opposa au front de taureau des foules l’airain de sa fierté et de son mépris :