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XV

Ce peintre qui faisait de la si belle peinture à l’eau-forte et qui, comme il le disait, aquafortait « avec une brosse et des couleurs », avait été et était encore, par intermittences, un vrai peintre à l’huile qui, presque à chaque coup, montrait la plus onctueuse et la plus flamande des mains de peintre.

Un art coloriste faisait alors le fond de l’école belge, étalé, truculent, reflétant les grosses sensualités d’une race amie des matérialités plantureuses et cossues. On se grisait de peinture, on aimait surtout les beaux morceaux de table et de cuisine, par goût des tons rutilants et des nourritures délectables. C’était le temps des puissantes natures mortes d’un Dubois, vivantes comme la plus chaude animalité. En correspondance d’instinct avec le tempérament des vieux maîtres de la gourmandise et de la volupté il peignait le gibier, les fruits, l’éclat scintillé d’un poisson avec le même plaisir dont il beurrait une chair moite de femme.

Il fut bien, celui-là, le type accompli du peintre sanguin et physique, faisant sa peinture en belle brute sensible, vivant plastiquement son organisme d’art comme pâture la vache, comme croît le pommier, comme s’exercent les fonctions de la vie générale.