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d’improvisation et de nerf et de nature, tandis que les autres, tes « pignocheurs » en reviennent à l’ancienne gravure au burin, à l’eau-forte des reproductions de tableaux du XVIIIe siècle.

— Ah ! je sais, disait-il, les bourgeois adorent cette eau-forte-là, qui est proprette et qui leur paraît « colorée ». Tout le monde en fait maintenant, on travaille au burin, à la pointe sèche ébarbée, on fait remordre tout cela au rouleau et on en livre autant qu’on veut « fin courant. »

« Moi, je remonte le courant avec quelques « bons esprits ». Bracquemond et moi, nous allons être plus brutaux que jamais, avec des délicatesses : « des tigres en habits de cour ! »

Quelquefois, les regardant torcher une étude, il leur parlait du temps où il peignait avec de la couleur et des pinceaux. Il regrettait surtout de ne pouvoir peinturer au couteau comme le brave Pantazis, « le plus fort des nouveaux ». Il vantait le couteau comme une trouvaille de vraie modernité, d’un accent bien plus spirituel que la brosse.

— Mais la pointe de l’eau-forte m’a gâté la main, concluait-il, et quand j’ai le couteau au poing, je me trouve adroit comme un bœuf au burin. Mais chacun doit suivre sa nature et ma nature à moi est de faire de l’eau-forte avec une brosse et des couleurs et j’en fais. »

Et puis c’était le chapitre des recettes et des conseils. « Évitez les noirs, soyez blonds comme Mimi-Pinson… Évitez aussi les morsures énergiques qui, quand l’on commence, sont l’écueil. Il vaut mieux revernir. Recouvrir les parties que l’on ne veut pas faire remordre et faire revenir les fortes tailles. Enfin faire mordre dans une chambre chaude en choisissant, préférablement, le mordant Seymour-Haden à l’acide chlorhydrique et qui mord lentement et ne donne pas d’effervescence comme l’acide azotique. » Personne n’était versé comme lui au secret des acides. Il indiquait ses formules en chimiste, tantôt un bichromate de potasse étendu d’eau qui lui « donnait de bons résultats »,