Page:Lemonnier - Félicien Rops, l’homme et l’artiste.djvu/181

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« L’on sent dans le ciel qui moutonne l’austère enivrement des choses de l’automne ! Nous ferons des sonnets qui retarderont le départ des hirondelles. C’est le mois où d’habitude parturie ma Muse. Elle porte dix mois comme le rhinocéros. (Le Rhino, c’est moi, puisque le Rhino c’est Rops !) Ceci peut vous donner une idée du gâtisme où vous plonge la solitude trop prolongée. Prenez votre boîte à couleurs, naturellement : ces dorures doivent être faites !

« Je ne pars qu’au printemps pour la Sicile. C’est mon éditeur qui l’a dit. Je pousserai jusqu’à Tunis ; il parait que c’est très beau et que l’on s’y empale encore tous les dimanches. Je n’ai jamais vu empaler que des grenouilles. Cela ne suffit plus à mes férocités d’âge viril. De plus il paraît que les dames s’y tatouent le nombril d’arabesques intéressantes qui attirent l’attention du curieux et de l’archéologue. Il ne faut pas laisser échapper les occasions de s’instruire et chaque peuple a ses usages !! Ρανθαξις ανερ Αθεναἴος est toujours avec moi, et il peint les œuvres de Dieu en pleine pâte ; c’est un grand et bon garçon qui a l’air d’être descendu des bas-reliefs du Parthénon pour faire enrager Slingeneyer. »

Et Théo, rimeur et poète, à cette fanfare burlesque et païenne qui, à sa manière, annonçait la rôde des nymphes sous les saules, ficelait son parasol par-dessus sa boîte et partait, d’une gaieté gamine et spirituelle, l’air un peu carabin, avec quelque chose, derrière le pince-nez, de la gouaille sarcastique des méphistophélisants. Il était déjà le sonneur des Vingt-quatre coups de sonnet en attendant l’heure prochaine où il allait devenir l’exquis, précieux, japonisant et très original poète des Rimes de joie.