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forme de gais et truculents caprices, raclures de palettes, truellages et pochades, gratins recuits aux fournaises de l’été, fonds de lie des grands crus vidés, l’empreinte de leurs mains de peintres sur le panneau des portes et l’échaudage des cloisons.

Rops, une après-midi, débarquait au village avec un appareil compliqué, comme un chef de tribu amenant ses tentes, ses trophées et ses armes. Il fallait atteler l’âne ou le roussin d’Ardenne pour le transport de ce matériel qui émerveillait les riverains. À voir les malles et les caisses de tous formats qui passaient, faisant fléchir les essieux, on savait tout de suite que c’était « môssieu Fely » qui s’en revenait au pays. Sitôt que la nouvelle s’était répandue, la colonie allait l’attendre aux limites du bourg et quand enfin il apparaissait, déjà guêtré de ses houseaux de campagnard, mais gardant encore l’allure d’un gentilhomme de la ville, c’étaient des hourrahs et des poignées de mains. Ces joyeuses entrées, comme un dimanche de Rameaux pour rire, ne déplaisaient pas à l’humeur un peu fanfaronne du Belge parisianisé ; à peine il avait parlé, l’écho autour de lui répétait le petit barytonnement de la gorge qui le spécialisait. Il ne descendait pas à l’auberge où il eût été trop à l’étroit avec ses nombreux bagages ; il préférait louer à l’hôtel Bricart une chambre qui lui donnait plus de champ. Une fois installé, on le revoyait dans un des costumes variés qui l’amusaient d’un air de déguisement et où il alternait la piaffe du citadin, la crânerie du sportman, la rondeur bon enfant du peintre de nature et la narquoiserie du campagnard.

En camisole de rowing, bras nus et son canotier en travers de sa mèche, ou en sarrau bleu de contadin coiffé du tapabor, ou bien encore en culottes courtes de pedestrian sanglé dans son gennesey collant à la taille, il avait un aspect de beau gars qui faisait se retourner les femmes et dont on le soupçonnait de tirer quelque vanité. Fin, souple, les reins cadencés et l’œil appuyé, toute cette petite vanité de parade tombait le jour où le goût du travail le repre-