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C’est à Théodore Hannon, peintre, aquafortiste et poète, qu’il écrit cette page de verve goguenarde et qui, d’un éclat de rire, dit si joliment la joie amusée de la mise en train.

Hannon, au surplus, d’un zèle de catéchiste, fut tout de suite un des enfants de chœur de la chapelle où se célébra la messe d’art nouvelle. Ensemble avec le peintre François Taelemans, ils avaient reçu l’initiation : ils vaquèrent au rituel, tendirent la nappe sur l’autel et vidèrent le fond des burettes où se gardait en réserve l’acide sacré. Dans le discipulat du maître, ils étaient à la fois des catéchumènes, des camarades et des confidents. Leur ardeur était extrême et stimulait la tiédeur des adeptes moins entraînés. Quand le culte languissait, leur ministère s’employait à faire rentrer les planches lentes à venir et parfois les cotisations.

Tout alla assez bien d’abord. Rops, sous les espèces de la résine, de la pointe et du tampon, se communiquait activement à sa petite église. Il fut à lui seul le dieu et l’officiant de la religion qu’il apportait aux Belges et de laquelle il attendait un réchauffement du vieux sang plastique flamand. Ce merveilleux ouvrier d’art s’attesta là un incomparable zélateur en qui le génie de la parole et de l’action s’égala au sentiment d’une prédestination obéie. Il déploya d’infinies ressources de politique, de séduction et d’entraînement. Il subjuguait tout un peuple par sa verve, sa fière mine et son geste décidé. Il apparut, dans sa jeunesse et sa beauté, à travers une sorte d’ensorcellement de l’art, l’ambassadeur attendu des Puissances noires auprès de l’Idéal. Il habitait à cette époque, avenue Louise, près du bois, un coquet hôtel de style français et dont la cour, derrière une haute grille, laissait voir des remises et des écuries. Cet apparat ne nuisait pas à son prestige.

Il avait fait venir de Paris, comme il le disait, le bon, l’honnête et le cordial imprimeur François Nys, qui avait tiré ses premières estampes