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personnages influents et artistes de choix. On y vit Eugène Smits, Louis Artan, Camille Van Camp, Hippolyte Boulenger, Alp. Asselbergs, T’Scharner, Von Thoren, H. Van der Hecht, Jules Goethals, Constantin Meunier, Lambrichs, Bonvoisin (Mars), Le Mayeur, H. Marcette, Parmentier, De Mol, Comte d’Ursel, L. Lenain, De Witte. Jusqu’alors on n’avait eu en Belgique que « quelques vieux hommes qui découpaient du crin sur du papier et se persuadaient que c’était ça une eau-forte… un tas de manchots en rupture de Sainte-Gertrude, qui gravaient sous eux et se consolaient de leurs humeurs froides en pratiquant la hachure sexolongiforme à points redoublés chère à Calamatta. Je vins — veni, vidi, onguelavi ».

« Je sortais du quai Voltaire où je venais d’habiter face à face avec Wagner, côte à côte avec Baudelaire, vis-à-vis le Louvre qui n’avait pu me faire baisser les yeux. Dans le silence des nuits, nous proposions avec Bracquemond et Lalanne, sous la direction de Jacquemart, notre Mirabeau, des morsures révolutionnaires. Le chlore des incantations, le perchlorure de fer aux reflets rouges, l’ammoniaque cautérisant, les sinistres acétates, le bichromate de potassium redouté des mères noircissaient dans l’ombre leurs précipités et nous communiquaient leurs effervescences. L’eau-forte moderne surgissait des vapeurs bizarres, les cheveux taillés d’une nouvelle façon, et médusait les derniers burinistes.

« Je pris le train de trois heures cinquante et je vins en Belgique apporter la bonne parole. »

« Ici commence un travail de géant. Il fallait tout faire, tout créer. Il n’y avait ni imprimeur, ni presses, ni papier, ni aqua, ni fortistes. J’ai tout fait. Nys couvert d’or a quitté Cadart, j’ai fait sortir des presses des greniers de l’Hôtel de Ville ! J’ai fait fabriquer des papiers qu’eussent baisés Alde et Elzevier ! J’ai fait des aqua peu fortistes, mais enfin j’ai fait ce que j’ai pu… »