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dique, la ténébreuse Astarté nourrie des péchés du genre humain et elle-même pareille à l’amour et à la mort. Ensemble, une et trois, il les bafoue d’un culte ironique ; il semble triompher de l’idole éternelle, mais pour mieux s’asservir à elle, il ramasse, pour l’en fouailler d’un geste qui finit en caresse, les roses sanglantes et noires germées à ses pieds dans la nuit des tombeaux. À mesure, c’est comme un envoûtement où il ne s’appartient plus et où il lui faut renoncer à la joie des êtres et de la vie. On n’a pas vu assez quelle âme triste se cache sous le rire aride et glacé de ses bacchanales et de quel poids lourd alors la désespérance des âges l’inclinera vers un nostalgique retour au temps des « Danses de morts ». C’est qu’on ne joue pas impunément avec la mort et que peut-être, après l’avoir narguée cent fois et avoir fait d’elle le spectre ridicule aux tempes couronnées de fleurs en papier et qu’on fait danser à la corde, il subit le sort par lequel elle se venge de ses téméraires contempteurs. Lui-même est envoûté : il est le possédé de toutes les possessions : dans le diable-au-corps de son art génital et tragique, il extravase le diable qu’il porte en soi. Il est le propre officiant de ses Messes noires. Il est bien le dernier grand artiste catholique du rituel impur.