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effrayantes blandices des paradis artificiels par impossibilité d’égaler à son monstrueux désir celles qu’il ne lui est point permis d’attendre des autres. S’il n’était irrévérencieux de comparer le profane au sacré, on pourrait dire que comme les cercles des enfers catholiques où éternellement se lamentent les âmes frappées de la peine du dam, elle aura désormais ses damnés torturés par le martyre voluptueux de la chair à jamais irrassasiée.

L’inconjurable espoir d’échapper aux fatalités originales n’est-il pas déjà tout entier dans le frontispice des Épaves ? Rops, en croyant sardonique mais qui accepte la fable biblique, y promulgue l’arrêt d’un Dieu vengeur, punisseur des péchés dont il mit la source aux lombes mêmes de la créature. Je ne sais s’il est, dans les livres des théologiens, un commentaire plus terrifiant de la loi qui fait dépendre de la mort la connaissance de la vie et de ses amoureux mystères. Il faudra voir souvent, en ce Rops adonné à la folie sacrilège, des clartés qui, comme ici, d’une trajectoire d’éclairs vont illuminer au loin, par delà la Somme et le Dogme, l’âpreté aride des hauts sommets scolastiques. Aucun père de l’Église n’eût dépassé dans ce commentaire des défenses édéniques, l’expression du courroux et des châtiments d’un Dieu.

Sur le fumier du monde, la mort, gorgée des moelles pourries de l’humanité, règne triomphante et totale, devenue elle-même le fabuleux pommier violé. Rops fut là soudain le scoliaste d’une théologie inconnue et qui soulignait les versets sacrés d’une glose ampliative et hérétique. On croit entendre le rire même de l’Esprit négateur ruinant, en ayant l’air de l’accepter, l’exécrable légende biblique ; et alors c’est bien encore l’éden, mais un éden saccagé par l’illogisme et tout grouillant des larves de la putréfaction, comme si le Maître universel de la vie, reconnaissant son erreur, tout à coup replongeait aux limbes le monde.

N’abandonnez pas trop vite cette redoutable image ; elle est irréligieuse ;