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nête et peu enclin au dévergondage de l’esprit, mais dénué du sens de la mesure et du goût. Pensez à ce qu’un Jordaens, un Teniers, un Bosch eussent fait de la jolie comédie érotique d’un Fragonard et à tout ce qu’il fut possible à celui-ci, sans tomber dans la crapule, d’exprimer de grivois, de fripon et de scabreux ! Il arriva que le grand artiste qui, alors, se cherchait encore, en marge de sa maîtrise définitive, dut en partie à la France la forme élégante et plastique de son art, alors que par les poussées sensuelles de l’instinct et le fond indiscipliné de la nature, il restait bien de chez lui. Ce devait être, d’ailleurs, jusqu’au bout son caractère d’art de rester géminé, avec ces deux parts d’un génie qui dut autant à la culture qu’à la race et qui s’accomplit dans une plénitude où tout de même et par-dessus tout, se démêlera toujours l’apport originel.

Rops, en son aspect composite, ne fut jamais ni un génie tout à fait wallon ni un génie tout à fait français et peut-être la greffe française, en l’assouplissant et lui communiquant d’abord des aptitudes au rythme latin et badin, ne troubla-t-elle pas sensiblement le cours profond de sa sève natale. Il se manifeste, dans un état de civilisation suraiguë, le produit d’une admirable mentalité générale d’art chez un peuple de peintres puissants et matériels, et qui, au contact de la mentalité déliée des artistes de France, va se dédoubler dans une formation d’artiste par excellence expressive d’une époque. Il ne s’ensuit pas que celle-ci, comme il fut trop enclin à le croire lui-même, fût exclusivement parisienne.

Rops donne l’idée d’un aboutissement de l’art et de la psychologie morbide d’un temps. Sous l’uniformité mensongère d’un état des mœurs apparentes, se dissimule une sorte d’âme secrète des peuples et c’est celle-là justement qui, à côté de l’imposture de l’autre, propose l’éliage appréciable de la moralité générale. Eh bien ! il établit cette moralité d’après ses rapports avec