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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/86

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


PRODIGALITÉ




Le mendiant, pieds nus, suit son chemin ;
De village en village il va tendre la main,
Traînant à ses cotés son bâton et sa miche,
Car le rare passant d’aumône est assez chiche.
Devenu forcément philosophe et rêveur,
Il marche d’un pas lent dans l’air plein de saveur,
Écoutant les oiseaux qui se cherchent querelle.
Comme il est fatigué, près d’une passerelle
Il s’assied. Devant lui, des canards fendent l’eau,
Tout en donnant la chasse au moindre vermisseau.
Alors, cassant son pain, lentement, miette à miette,
Au milieu de leurs rangs empressés il le jette.
Et ce déshérité, prodigue et généreux,
Se donne le plaisir de faire des heureux.





EXCURSION




Étant enfant, ma joie intime la plus chère
Était de sortir seule, à pied, avec mon père.
Sous son large manteau, je lui donnais la main,
Je sautais et chantais tout le long du chemin.
Sans but déterminé, nous dévorions des lieues,
Et les fauves vallons et les collines bleues
Devant nous semblaient fuir comme pour nous lasser,
Et l’horizon sans fin toujours se déplacer.
Il préférait les bords de l’eau, longeait la berge
Ou le quai ; nous faisions halte dans quelque auberge,