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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/85

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MADAME GUSTAVE MESUREUR.


Avec une mine attentive
Il regarde venir un train,
Et sous sa cuirasse d’airain
S’avancer la locomotive.

Le dur sifflet déchire l’air,
La machine au loin s’époumonne...
Et le petit enfant frissonne
Aux sourds tressaillements du fer.

Il sent en ce monstre difforme
Quelque travail mystérieux,
Et suit d’un regard anxieux
Les hoquets de sa bouche énorme.

Malgré les aspects menaçants
De ces noirs engins sur la voie,
Il revient toujours plein de joie
Les voir manœuvrer en tout sens.

Cette œuvre imposante de l’homme
Charme plus son attention,
Que les brins d’herbes du sillon
Ou la structure d’une pomme.

Car un contraste le séduit
Et surprend son intelligence,
C’est cette force brute immense
Soumise au bras qui la conduit.

Elle lui prouve non sans cause
Ce que peut le génie humain.
Et tout bas le jeune gamin
Se dit que l’homme est quelque chose.