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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/47

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SUTTER-LAUMANN.


ÉPAVE




Sur le sable où la mer roule de lourds galets,
Sur les rocs tapissés d’algues rousses et vertes,
Le soleil fait glisser de curieux reflets.
La chaleur a rendu toutes choses inertes.

Piqué dans la falaise, un jonc marin en fleur
Berce ses grappes d’or à chaque coup de brise.
L’aile d’une mouette étale sa pâleur
Sur la mer qu’un rayon soudainement irise.

Verts, bleus ou violets, parfois roses, les flots,
Qui portent à leur crête une frange d’écume,
Se brisent avec bruit sur de maigres îlots
Où tout oiseau de mer a perdu de sa plume.

Et tous les flots du large en mourant ont laissé
De minces flaques d’eau sur la plage dorée,
Où s’endort au soleil le crabe cuirassé
Auprès d’un coquillage à la conque nacrée.

L’Océan bat son plein sous l’éclatant azur.
Comme un baiser d’amour la brise vous caresse,
On ne saurait jamais rêver bonheur plus pur :
Il semble que dans l’air passe un chant d’allégresse.

Et pourtant, je vois poindre, encor dans le lointain,
Quelque chose de noir que chaque flot délave.
Une rude tempête a soufflé ce matin ;
D’un navire est-ce là quelque sinistre épave ?