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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/458

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Combien j’aimerais mieux, cette vie achevée,
Assoupi doucement dans mon œuvre rêvée
Et me sentant berce comme à mon premier jour,

M’en aller d’ici-bas, ayant vidé mon âme,
Et laisser après moi, dans le cœur d’une femme,
Quelques mots de douleur et quelques mots d’amour.





INFINI




Poursuivis par le même rêve,
Fatigués de vie et de bruit,
Nous nous en allions sur la grève,
Parmi les langueurs de la nuit.

Le cœur troublé, les mains brûiantes,
Nous écoutions ces cris amers,
Et les vagues lourdes et lentes
Nous disaient l’infini des mers.

La brise pleurait dans les branches ;
Nous regardions, silencieux, —
Et, là-haut, les étoiles blanches
Nous disaient l’infini des cieux.

Et tes yeux, pleins de douces ombres
Qu’illuminait l’amour vainqueur,
Tes grands yeux chauds, tes grands yeux sombres
Me disaient l’infini du cœur.