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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/456

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Car tu l’as dit parfois, et ta parole est vraie :
— « Le moment est prochain Je m’en aller ailleurs. »
Pour toi la chose est bonne et n’a rien qui t’effraie,
Ce voyage conduit vers des parvis meilleurs.

Déjà L’éternité, dont ton désir s’affame,
Revanche aux plaisirs courts, baume aux rudes tourments,
Sur tes pas ralentis, âme simple, humble femme,
A mis un avant-goût de ses rassasiements.

Déjà, toi qui voulus m’apprendre la première
Où jaillit pour jamais l’eau vive du bonheur,
Devant tes yeux ravis les Portes de Lumière,
Ô Sainte, ont dévoilé la gloire du Seigneur !

C’est pourquoi sur ton front tant de splendeur habite,
Pourquoi, même en dormant, tes mains semblent bénir ;
Comme aux champs de Booz glanait la Moabite,
Voici, ta glane est faite, et la nuit peut venir !...

... C’est l’été. L’azur luit sur la plaine jaunie,
Dans l’air monte toujours le parfum des jasmins,
La paix des jours heureux épand son harmonie ; —
Mais je pleure à présent, la tête entre les mains.

Juillet riche et fécond a beau parer la terre ;
Grand’mère, un seul objet tient mon cœur attristé :
Laisseras-tu vraiment ton enfant solitaire ?
Que ferai-je ici-bas quand tu m’auras quitté ?