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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/438

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Un grand nuage rouge égaré dans l’espace
Jette de longs reflets sur les cieux assombris,
Puis, insensiblement il se fond et s’efface
Dans le vague brouillard des crépuscules gris.

Tous les vieux paysans, assis devant leur porte,
Devisent sur leurs champs, sur le temps qu’il fera :
Le raisin claire un peu, la récolte est très forte ;
On aura de l’argent lorsque l’hiver viendra.

Les jeunes filles vont promener sous les saules,
Marchant toutes de front en se donnant la main,
Tandis que les beaux gars aux robustes épaules
Malicieusement leur barrent le chemin.

Chacun voudrait pouvoir retenir sa chacune :
Ce sont de gais assauts qui n’en finissent pas,
De longs éclats de voix, des rires, et la lune
Qui passe dans le ciel sourit à ces ébats.

Et les bœufs tachetés, couchés dans l’écurie,
Ruminent lentement leur provende du soir,
Pendant que leurs grands yeux tout pleins de rêverie
Errent dans l’ombre épaisse, et regardent sans voir.





L’ÉNIGME




J’aime à sonder l’azur, à poursuivre un nuage
Qui vole dans les airs comme un cygne sauvage
Regagnant vers le soir son nid dans les ajoncs ;
Mon regard l’accompagne, et je vais sur sa trace
Jusqu’à ce qu’il s’arrête et lentement s’efface
Dans Le rayonnement des vasrcs horizons.