Ouvrir le menu principal

Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/426

Cette page a été validée par deux contributeurs.
402
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Ou bien nous courons après la fortune,
Et, toujours courant, nous n’entendons pas
Les feuilles des bois tomber une à une
Et nos plus beaux jours s’enfuir à grands pas.

Vouloir être heureux, bien fou qui veut l’être !
Aujourd’hui n’est pas plus sûr que demain.
Il serait plus doux, plus sage peut-être,
De nous arrêter au bord du chemin,

Et, nous étendant au pied des grands chênes,
Le dos dans la mousse et les yeux au ciel,
De médire un peu des choses humaines,
D’un front sans colère et d’un cœur sans fiel.





APPARITION DE LA TERRE




Dans la splendeur des cieux un astre vient de naître,
Sur ses langes d’azur j’ai cru le reconnaître ;
Vers lui mon espérance a dirigé mon vol.
La Terre ! Ah ! je la vois ! La Terre ! Ah ! c’est bien elle !
À son souffle embrasé je sens frémir mon aile,
Et j’entends, sous mes pieds, mugir son vaste sol.

Une sueur de feu pend à sa croupe nue ;
Les éclairs sur son front crépitent dans la nue ;
Ses flancs partout béants fument de toutes parts.
Un ciel obscur et lourd sur son écorce pèse,
Et brisant les parvis de l’énorme fournaise,
Les éléments de tout dans les airs sont épars.