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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/423

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JULES COUGNARD.

 
Bientôt voici la nuit. La tâche est terminée :
Les champs fauchés sont prêts pour un nouveau labour ;
C’est bien. Les travailleurs ont gagné leur journée ;
               Qu’ils se reposent à leur tour.

Là-bas, dans le brouillard les Alpes sont noyées.
D’ici, l’on voit glisser sur l’eau du lac lointain,
Ainsi qu’un oiseau rose aux ailes déployées,
               Une barque et son mât latin.

Les moissonneurs s’en vont sur la route poudreuse ;
Le poids des gerbes d’or fait crier les essieux ;
Plus d’un fait le chemin près de son amoureuse
               Sous la grande voûte des cieux.

Ils vont, et l’on entend la mélodie étrange
De leur mélancolique et très vieille chanson,
Et les bœufs, lentement, emmènent vers la grange
               Le dernier char de la moisson.


(À Temps perdu)