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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/406

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


La mienne s’en retourne auprès de vous, fidèle ;
Mais bientôt un remords ta surprend en chemin,
Et jeune mendiante, implorant votre main,
Elle vous tend la sienne en se voilant d’une aile.

Car c’est le repentir d’avoir aimé trop peu,
Qui, de l’exil, vers vous la ramène angoissée,
Comme une ombre, sortant de la tombe glacée,
Surprise par la mort sans avoir lait d’adieu.

Non ! je n’ai pu comprendre et votre âme et la terre
Que de loin, quand les ans sont venus tout finir,
Ft mon cœur n’a fleuri qu’autour du souvenir,
Comme autour du tombeau l’églantier solitaire.

Ces jours où ma jeunesse a fait souffrir les cœurs,
Je n’en pourrai gémir que seul avec moi-même,
Alors qu’il n’est plus temps de dire à ceux qu’on aime
« À genoux, me voici ! pardonnez-moi vos pleurs ! »

Ainsi, c’est le passé, c’est la fuite des choses,
Le souvenir des maux qu’on ne peut réparer,
Qui m’évoquent vers vous, quand la nuit vient errer
Sur le large horizon, parmi l’or ou les roses.