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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/402

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Plus de chansons, plus de couples fidèles,
Dans le tilleul, chauve comme un vieillard !
Au bord du roic, déjà les hirondelles
Forment leurs rangs et sonnent le déparc.
Toujours montant vers le portail céleste,
Traînant au seuil le Monde épouvanté,
Le Temps s’en va, mais l’Éternité reste,
        L’Éternité ! l’Éternité !

Notre sentier dans le gazon serpente,
Là, d’une ronce en passant écharpé,
Luttant, ailleurs, contre une aride pente,
Ou d’une fosse, hélas! bien mieux coupé.
Marcheur vaillant, dont chaque pas s’atteste
Par une tombe au sol ensanglanté,
Le Temps s’en va, mais l’Éternité reste,
        L’Éternité ! l’Éternité !

De maux présents et de peines passées
Quel sombre amas, quel douloureux trésor !
Sans les tarir, que de larmes versées !
Et jusqu’au bout, que de chagrins encor !
L’homme avec Dieu sans fin ruse et conteste,
Puis, recueillant notre cœur tourmenté,
Le Temps s’en va, mais l’Éternité reste,
        L’Éternité ! l’Éternité !

En vain se dresse, aux lieux que nul n’évite,
Le noir rocher de l’antre de la mort :
C’est un jalon, ce n’est pas la limite,
C’est du chemin le souterrain effort.
Notre œil s’arrête à ce bord qu’il déteste ;
Mais au delà brille l’Immensité.
Le Temps s’en va, mais l’Éternité reste,
        L’Éternité ! l’Éternité !