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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/399

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ALBERT GIRAUD.


Va ! Tu seras le chef des hommes qui demain
Cloueront comme un hibou sur le bois de leur porte,
Souffletée et brisée au seul vent de ta main,
                  Notre chimère morte.

Va ! Tu n’auras souci ni du bien, ni du mal :
Tu vivras sans penser dans un torrent de joie,
Ignorant comme un Dieu, beau comme un animal,
                  Ô fier enfant de proie !

Et ton œuvre, écrasant d’un mépris mérité
Tous les trieurs de mots à l’âme inassouvie,
Confrontera le Rêve et la Réalité,
                  Et l’Art avec la Vie !


(Hors du Siècle)





LA MORT D’HUNALD




Sur le lit vierge et blanc, jonché de lis nocturnes,
De lis mystérieux, de grands lis taciturnes,
Sous les rideaux pensifs où fleure un cher secret,
Ses yeux frêles blessés par tes yeux, sans regret
Des heures, sans regret des lèvres, sans envie
De tromper le destin ni d’accepter la vie,
Sans espoir d’un espoir, sans désir d’un désir,
Déjà mort dans son âme il se laisse mourir ;
Et tandis que du soir tintent les cloches vaines,
De ses fins ciseaux d’or l’enfant s’ouvre les veines,
Calme et grave, très las, à soi-même étranger,
Vaguement caressé par le rêve léger