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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/390

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Ils ont, comme jadis l’aïeul avait sa tour,
Leur cloître pour manoir et leurs moines pour cour.

Ils s’assoient dans les plis cassés droit de leurs bures,
Tels que des chevaliers dans l’acier des armures.

Ils portent devant eux leur grande crosse en buis,
Majestueusement comme un glaive conquis.

Ils parlent au chapitre en justiciers gothiques,
Et leur arrêt confond les pénitents mystiques;

Ils rêvent de combats dont Dieu serait le prix
Et de guerre menée à coup de crucifix.

Ils sont les gardiens blancs des chrétiennes idées
Qui restent au couchant sur le monde accoudées.

Ils vivent sanr sortir de leur rêve infécond,
Mais ce rêve est si haut qu’on ne voit pas leur front.

Leur chimère grandit et monte avec leur âge,
Et monte d’autant plus qu’on la cingle et l’outrage ;

Et jusqu’au bout leur foi luira d’un feu vermeil
Comme un monument d’or ouvert dans le soleil.


(Les Moines)





RENTRÉE DES MOINES


I



On dirait que le site entier sous un lissoir
Se lustre, et dans les lacs voisins se réverbère
C’est l’heure où la clarté du jour d’ombres s’obère,
Où le soleil descend les escaliers du soir.