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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/365

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RODOLPHE DARZENS.


Répéter la bonne aventure
Aux passants qui n’écoutent pas
Et préfèrent vivre ici-bas
Sans penser à la mort future ;

À toute heure ainsi qu’en tout lieu,
Proclamer, comme les prophètes,
Que c’est fini le temps des fêtes,
Qu’avant peu c’est l’instant de Dieu !

Dire : « Cette vie est si brève
« Qu’auprès de l’Éternellement
« Elle dure moins qu’un moment
« Et n’est que le rêve d’un rêve !

« C’est pourquoi je passe avenir
« — Étant le clairon qui précède
« Celui duquel nous vient tout aide —
« Qu’il est l’heure du repentir! »

Mais, je le le sais bien ! mes paroles
Seront d’inutiles rumeurs,
Et j’irai, frère des semeurs
Qui jettent au vent des corolles ;

Les hommes détournant les yeux
S’écarteront tous de ma route,
Anxieusement pris du doute
Que, peut-être ! je viens des cieux.

— Or, pareil au vieux patriarche
Auquel Dieu parlait autrefois,
Chaque nuit, j’entends une voix
Qui m’éveille et qui me dit : « Marche ! »