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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/349

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PIERRE QUILLARD.


Les peuples le suivaient et ne comprenaient pas
Quels dieux, accompagnant la marche du prophète,
Candidement semaient dans les villes en fête
Des lis miraculeux et calmes sous ses pas.

Mais tous buvaient le miel divin de ses paroles,
Le miel fait de parfums et de baumes puissants,
Forts comme la senteur éparse de l’encens,
Doux comme la senteur éparse des corolles.

Pour s’enivrer des mots que sa bouche versait,
Les laboureurs quittaient le manche des charrues,
Et parmi la clameur des foules accourues
Le Voyant pacifique et sublime passait.

Désormais, dédaigneux des apparences brèves
Et des illusions passagères, fermant
Leurs yeux purifiés à la clarté qui ment,
Les hommes ouvraient l’âme à la splendeur des rêves.


II


Le roi, las des lions traqués dans les filets,
Las des buffles saignant sous la grêle des flèches,
Las des femmes aux chairs odorantes et fraîches,
Fit amener vers lui cet homme en son palais :

« Vieillard, évocateur des merveilles du songe,
« Jongleur qui fais surgir, devant les yeux humains,
« Dans la poussière impure et vile des chemins,
« Des visions de paix, de gloire et de mensonge,