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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/34

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Quand je songeais ainsi, Mère, je nétais pas.
Tu n’avais pas tiré mon être de ton être...
Réponds ! Devinais-tu qu’un fils devait te naître
Que tu devais laisser orphelin ici-bas ?

Voyais-tu mon destin d’avance, et mon angoisse,
Et ce cœur, né du tien, que tout maltraite et froisse,
Et cette hérédité de tes plus noirs ennuis ?

Réponds ! figure aimée et si vite ravie
Qui, de tes sombres yeux, pareils aux miens, me suis :
Avais-tu déjà peur de me donner la vie ?


(Les Aveux)





ÉPILOGUE




Le fantôme est venu de la trentième année.
Ses doigts vont s’entr’ouvrir pour me prendre la main.
La fleur de ma jeunesse est à demi fanée,
Et l’ombre du tombeau grandit sur mon chemin.

Le fantôme me dit avec ses lèvres blanches :
« Qu’as-tu fait de tes jours passés, homme mortel ?
« Ils ne reviendront plus t’offrir leurs vertes branches
« Qu’as-tu cueilli sur eux dans la fraîcheur du ciel ? »

— « Fantôme, j’ai vécu comme vivent les hommes :
« J’ai fait un peu de bien, j’ai fait beaucoup de mal.
« II est dur aux songeurs, le siècle dont nous sommes ;
« Pourtant j’ai préservé mon intime Idéal !... »