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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/329

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JEAN AJALBERT.


GENNEVILLIERS





C’est ici que Paris déverse ses eaux sales...

Il semble que la boue a déteint sur les cieux,
Et les nuages font des flaques colossales,
Comme sur la route où s’embourbent les essieux
Des tombereaux, chargés de moellons et de briques.

Le soleil s’est lassé d’éclairer ce ciel, gris
De la fumée opaque aux faîtes des fabriques,
Qui bornent l’horizon du côté de Paris.

Vers Argenteuil, pays des moulins minuscules,
S’étagent des carrés de maigres échalas
Condamnés, sous le poids d’éternels crépuscules,
À fournir les marchés d’acides chasselas.

Les récoltes ont là d’impossibles genèses ;
Les paysans y sont plutôt des égoutiers,
Arrachant, par l’engrais, des légumes obèses
D’un sol à qui la Lune a caché ses quartiers,
Et pour qui le Soleil n’a pas eu de lumière.

Sur les maisons, des toits de tuiles « vermillon... »

C’est la campagne, mais sans chaume et sans chaumière,
Sans la moindre alouette ou le moindre grillon.

Une chèvre — au piquet — broute l’herbe râpée ;
Des vieilles meurt-de-faim cherchent des pissenlits ;