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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/313

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ABEL HERMANT.


Vos chastes vêtements sont blancs comme vos âmes,
Et cachent aux regards sous leurs replis discrets
Si vous êtes encor des enfants ou des femmes :
Votre corps ne dira qu’une fois ses secrets.

Vous m’inspirez parfois, femmes, un rêve étrange
Qui repose mon cœur fatigué par l’ennui :
L’une de vous s’assied près de moi comme un ange ;
La plage a disparu, le vaisseau s’est enfui.

Ce n’est pas, douce enfant, une nef chimérique
Dont le gouvernail d’or fend des flots satinés :
C’est un yacht élancé, dont le sombre Atlantique
Berce les matelots rudes et basanés.

Il est fait tout entier de sapins de Norwège.
Dans les chantiers de Douvre une vieille a cousu
Les voiles, qui n’ont point la blancheur de la neige,
Dont le goudron parfume et rougit le tissu ;

Puissant parfum, plus cher aux âmes vagabondes
Que la fade verveine ou que le lourd benjoin !
À peine creusons-nous, enfant, les mers profondes.
Où fuyons-nous ? Toujours plus loin ! Toujours plus loin !

Vous êtes près de moi, matin et soir, assise ;
Nous écoutons vibrer les cordages tendus,
Nous regardons les flots et nous humons la brise,
Et nous laissons errer nos pensers confondus…

Mais comme j’ai parfois des humeurs casanières,
Nous habitons l’hiver un cottage charmant,
Maison blanche, avec des pelouses régulières
Où des jets d’eau bavards jasent confusément.