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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/300

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Puis deux grands yeux doux qui m’allaient à l’âme
               Et que j’ai perdus ;
Tous les yeux aussi qu’en cherchant la femme
               Nous avons tous vus :
Des yeux verts profonds, des yeux bleus limpides,
               Des yeux noirs brûlants,
Et ces yeux bénis qu’on trouve timides
               Et qu’on dit troublants…
Mais tous ces beaux yeux, je n’y lirai guère.
               Ils sont dépassés. —
Les yeux les plus beaux qui soient sur la terre
               Sont les yeux baissés !


(Souvenance)





DANS LE SILENCE




Dans le silence de la nuit
Qu’interrompt la rumeur du fleuve,
Tandis que ma pauvre âme est veuve
De ton regard qui la conduit ;

De mon cœur dépouillant les voiles,
Je viens songer à nos amours,
Invoquant, pour t’aimer toujours,
L’immobilité des étoiles.

C’est ainsi, c’est par ces aveux
Que je te suis resté le même :
Chaque soir, depuis que je t’aime,
Je viens leur confier mes vœux.