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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/30

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Je n’ai pas peur de toi qui n’as pas peur de moi ;
Ton âme est trop naïve et la mienne est trop lasse
Pour qu’un passionnant et dangereux émoi
Entre nos deux repos puisse un jour prendre place.

Laisse-toi donc aller au divin Naturel !
Je ne veux rien de toi que te regarder vivre,
Dans un frais paysage et sous un libre ciel :
Ton charme adolescent me plaît comme un beau livre ;

Et rien ne me vaudrait le singulier plaisir,
Fait de renoncement et de douceur profonde,
Que je goûte à te voir, sans trouble, sans désir,
T’ouvrir, comme une rose, au charme d’être au monde.


(Les Aveux)





SUR UNE TÊTE DE MORT




Pour calmer ma tristesse athée,
J’ai, comme un ermite chrétien,
Une tête de mort sculptée
Dans un jaune ivoire ancien.

À Paris, du bord de ma table,
Paisiblement, le jour, la nuit,
De son regard inévitable
Cette tête de mort me suit.

C’est mon amie, et la plus sûre,
Car à chaque nouveau malheur,
Si large que fût la blessure,
Elle a su calmer la douleur.