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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/291

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HENRI BERNÈS.


C’est là qu’on met au frais le lait de la journée,
Le lait tout imprégné des exquises senteurs
Que l’herbe drue et courte, et de soleil baignée,
Garde, aux replis des rocs, sur les vertes hauteurs ;

Et, quand le voyageur descend de la montagne,
La lèvre desséchée et le front ruisselant,
C’est là que le berger, qui d’en haut l’accompagne,
De sentier en sentier le conduit en sifflant.

L’enfant tira du creux une écuelle grossière
En bois, puis un grand bol de faïence verni,
Et se mit à puiser, dans une jarre en terre,
Le lait épais et doux, par la crème jauni.

— Le pic quitté brillait au soleil qui le dore —
Et je bus lentement le bol de lait glacé ;
Quand il n’en resta plus, je lui dis : « Verse encore ! »
Et je vidai d’un trait ce qu’il avait versé.

Les grands bœufs au poil roux qui paissaient sur les pentes
Ou se couchaient au bord des ruisseaux pour songer,
Relevaient un instant leurs têtes patientes,
Et regardaient, pensifs, le pâtre et l’étranger.

Je repris mon chemin aux flancs du mont qui penche,
Sur les cailloux aigus qui roulent sous le pied,
Et l’enfant, gai, faisant danser ma pièce blanche,
Du geste et de la voix m’indiquait le sentier.