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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/275

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MARIE DE VALANDRÉ.


À lui la haine prompte à bondir sous l’outrage,
À nous l’âme oublieuse et vive à pardonner ;
À lui le bras armé, rebelle à l’esclavage,
À nous les souples bras qui savent enchaîner ;

À lui l’acier qui tue et le cuivre qui sonne,
À nous le baume sûr, réparateur du Mal ;
À lui le front stoïque et l’esprit qui raisonne,
À nous la foi qui sauve et croit à l’ Idéal ;

À lui l’honneur rigide aux bases immuables,
Les arrêts sans appel, le glaive punisseur ;
À nous la pitié sainte, indulgente aux coupables,
Et le règne éternel promis à la douceur !...

Mais dès que nous voulons par un caprice étrange,
Des chefs-d’œuvre de Dieu réformateurs hardis,
De ces dons différents faire entre nous l’échange,
Nos plus beaux attributs aussitôt sont maudits :

L’air viril ne sied pas à nos charmants visages ;
S’il nous ressemble trop, l’homme est sans dignité ;
L’impassibilité, cette force des sages,
Dans les cœurs féminins s’appelle dureté ;

Au contact de l’aiguille et des soins du ménage
Nos rudes compagnons verraient leurs doigts salis ;
La science, leur noble et splendide apanage,
Marque de plis amers nos traits trop tôt pâlis ;

Ainsi nos meilleurs biens, si parfaits dans l’ensemble,
Dès qu’ils sont déplacés se tournent contre nous,
Et la Loi s’accomplit lorsque l’Amour assemble
Avec les cœurs vaillants nos cœurs tendres et doux.