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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/271

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MARIE DE VALANDRÉ.


RAYONNEMENT




Si je ne croyais plus aux promesses divines,
Si le doute m’ouvrait son abîme béant,
Si mon œil abusé devant tant de ruines
Me montrait dans la mort la porte du néant,

Je n’accepterais pas ce suprême désastre
Où sombrerait la foi de mon cœur révolté,
Et, lasse de marcher dans une nuit sans astre,
J’irais dans la raison chercher la Vérité.

Je me dirais : Pourquoi la faucheuse éternelle,
Qui s’en va moissonnant sans pitié parmi nous,
Chez les prédestinés qu’elle effleure de l’aile
Met-elle tant de grâce et des attraits si doux ?

Pourquoi donc, même avant que leur force décline
Ou qu’eux-mêmes déjà se soient sentis souffrir,
Pourquoi subissons-nous un pouvoir qui fascine
Auprès de ces charmeurs qui vont bientôt mourir ?

Pourquoi croyons-nous voir la divine étincelle
Dans le lucide éclair de leur regard béni ?
Pourquoi dans leur baiser où tant d’amour ruisselle
Voulons-nous sur leur lèvre aspirer l’Infini ?

Pourquoi donc aimons-nous les pâleurs diaphanes
De leurs traits lumineux qu’un linceul va couvrir ?
Pourquoi retenons-nous entre nos mains profanes
Leurs mains, leurs blanches mains, que la mort va meurtrir ?