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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/25

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PAUL BOURGET.


Pendant que j’écris pour ma dame
De fins sonnets capricieux,
Un autre possède son âme
Et baise, en riant, ses beaux yeux.

Mais elle, dure autant que belle,
Lit mes sonnets et prend vos fleurs,
Sans plus soupçonner que pour elle
Nous avons tant versé de pleurs,

Et que, durant les nuits sans lune,
Nous avons le désir, souvent,
D’aller noyer notre infortune
Dans le fleuve immense et mouvant.


*
*       *


Ce qui n’empêche pas, pauvrettes,
Qu’on nous verra demain matin,
En dépit des douleurs secrètes,
Reprendre l’ouvrage incertain,

Et pour la foule ingrate et vile,
Et pour la dame aux yeux pervers,
Composer d’une main habile
Vous vos bouquets, et moi mes vers.


(La Vie inquiète)