Ouvrir le menu principal

Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/225

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
205
GASTON DE RAIMES.

Nous serons côte à côte assis, et n’oserons
Pas même l’un vers l’autre incliner nos deux fronts.
Je tiendrai dans mes mains tes mains — frêles mésanges ;
Alors j’évoquerai le langage des anges
Pour dire la caresse et la fraîche douceur
De tes regards d’amie et de tes airs de sœur ;
Et tu m’écouteras, des larmes aux prunelles,
Car nous répéterons en jeunes ritournelles
La très vieille chanson qui s’appelle l’amour.
Et nous resterons là jusqu’au réveil du Jour,
Engourdis par le charme ineffable du rêve.
Le lent adagio des vagues sur la grève
Rythmera nos baisers silencieux et longs.
Chère, tu poseras ta tête aux cheveux blonds,
Câlinement pâmée, au creux de ma poitrine,
Et nous savourerons cette extase divine
D’être deux, d’être seuls confiants et frileux
À nous aimer, la nuit, sous les firmaments bleus.


(L’Âme inquiète)





LAMENTATIONS DE DAVID


SUR SHAÖUL ET YONATHAN




Israël, ton honneur est couché sur les hautes
Collines, que rougit le sang des Guibborim ;
Et dans les vais profonds, sur les talus des côtes,
Râlent ceux-là qu’aimait Iahvé, notre Élohim !

Hélas ! ne publiez la nouvelle sinistre
Ni dans Gath, ni parmi les carrefours d’Asqlon ;
Car elles danseraient aux tintements du sistre,
Les filles des incirconcis dans le vallon.