Ouvrir le menu principal

Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/218

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
198
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


FLEUR DES RUINES




Mon cœur vaincu n’est plus que ruine ce décombre,
Tel qu’un vieux burg battu des hiboux au vol noir.
Entre les quatre murs dévastés, chaque soir,
Tournent des revenants effrayants et sans nombre.

Le jour, les hautes tours d’autrefois font tant d’ombre
Que, même en plein midi, l’on peut à peine y voir.
La solitude y donne asile au désespoir.
Un silence de mort étreint le château sombre.

Tout est ténèbres, deuil, désert, effondrement.
Tout s’effrite et s’écroule, et l’on ne sait comment
La pierre peut encor s’accrocher à la pierre ;

Mais là, dans les débris désolants du passé,
Sous un rayon glissant par une meurtrière,
Une petite fleur — ton amour — a poussé.





LA FIN




Le silence pesait sur les choses ; c’était
Au temps fatal que la science nous présage.
Le monde était usé jusqu’au dernier rouage,
Et plus rien de la vie ancienne n’existait.

La matière, dès lors stérile, inerte et nue,
Impuissante à verser la sève aux floraisons,
Et ne connaissant plus ni climats, ni saisons,
Semblait aux premiers jours des siècles revenue.