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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/211

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JEAN RAMEAU.


Et compose des fruits savants dans nos ramées,
Et colore d’orgueil nos drapeaux triomphants,
Et garde aux fiers héros des seins fleuris d’aimées,
Et garde aux bons aïeux des sourires d’enfants.

Et quand nous et nos fils, têtes blanches ou blondes,
Nous tomberons, fauchés par la Mort au vol noir,
Soleil béni, Soleil qui répands sur les mondes
Toute la Vie, et tout l’Amour, et tout l’Espoir,

Si c’est vrai ce que dit la science barbare,
Si l’effrayant repos des morts est sans réveil,
Si les fronts adorés que la tombe sépare
Ne doivent se revoir jamais — jamais, Soleil ? —

Oh ! nous t’en conjurons par les sucs de nos moelles,
Prends et rassemble au moins nos restes endormis,
Et fais éclore d’eux, sous la paix des étoiles,
Des groupes fraternels de liserons amis,

Au nom de la Lumière, au nom du Ciel immense,
Au nom de l’astre jaune, Arcturus le charmeur,
Au nom de l’astre blanc, Sirius qui commence,
Au nom de l’astre rouge, Aldébaran qui meurt.


(La Chanson des Étoiles)