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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/207

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JEAN RAMEAU.

Ainsi rêvait, un soir d’automne, las de vivre,
Un vieux poète blanc penché sur un vieux livre.

Tout à coup il frémit...

Tout à coup il frémit... La Mort noire était là.

« Oh ! non ! oh ! pas encor ! je veux avant, râla
Le poète, je veux faire une œuvre immortelle...

— Fais ! lui permit la Mort.

— Fais ! lui permit la Mort. Il pâlit devant elle,
Il pâlit, il pleura. Puis, gagnant la forêt,
Ayant cherché longtemps quel poème il ferait,
Quel œuvre glorieux, sublime, impérissable,

Il fit sur un chemin quelques pâtés de sable.

(La Vie et la Mort)






RESSEMBLANCE




J’eus un père très doux, il dort sous une pierre ;
J’eus un enfant très rose, il dort dans ce lit-là ;
« Mon fils ! » murmura l’un à son heure dernière,
« Papa ! » bégaya l’autre aussitôt qu’il parla.

Mon âme en y pensant est heureuse et chagrine ;
Quand il dormait encore au cher lit que voici,
Mon père doux joignait les mains sur sa poitrine ;
Mon fils rose en dormant joint les siennes ainsi.