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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/205

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JEAN RAMEAU.

Des tours de marbre avec de folles broderies,
Des tours bravant le temps de leur front exalté,
Des tours lançant là-haut, par leurs flèches fleuries,
Le nom de l’architecte à l’immortalité !

— Homme vain, homme aveugle ! À quoi bon ?... Cathédrales,
Monstres de pierre assis sous les clartés astrales.
Palais, manoirs, forums, monuments innombrés,
Entassements de sable un jour équilibrés,
De quelque dur granit qu’on ait fait leurs murailles,
Quels que soient leurs auteurs, quelles que soient leurs tailles,
Qu’ils soient cirque, donjon, cathédrale, opéra,
Tout croulera, tout s’en ira, tout périra,
Tout deviendra poussière un jour, vaine poussière !
Et, faisant tout renaître à sa forme première,
La nature sereine annulant nos efforts
Fera des monts nouveaux avec les temples morts.



II


« Oh ! de ses larges mains bouleverser la terre !
Faire un canal d’un isthme, un isthme d’un canal,
Faire rire une source où hurlait un cratère,
Retoucher après Dieu le vieux globe banal !

Déformer l’univers sous sa puissante étreinte,
Dérouter le soleil qui l’éclaire, anxieux,
Pour que le globe neuf, marqué de votre empreinte,
Proclame votre gloire en roulant dans les cieux !

— Homme vain, homme aveugle. À quoi bon !... Sources, fleuves,
Et vous, lits inconnus des mers vieilles et neuves,
Vous vous déplacerez, vous vous dessécherez ;
D’autres mers surgiront sur d’autres monts sombrés ;