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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/189

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RAPHAËL-GEORGES LÉVY.


Ceux-là peuvent encor retremper leur courage
À la saine gaîté du paternel foyer,
Et, se fortifiant au contact d’un autre âge,
Les soucis de la vie un instant oublier !

Mais quand le sort impie arrache un jeune frère
À ceux qui l’entouraient de tendresse et d’amour,
Et que, brisant l’espoir d’une illustre carrière,
Il lui ravit l’éclat et la douceur du jour ;

Quand nous lisons, au front pâli de notre mère,
La douleur qu’elle porte et qu’elle ne dit pas,
Hélas ! où retrouver la force nécessaire
Pour remplir jusqu’au bout notre tâche ici-bas ?

Et pourtant, au plus fort des épreuves cruelles,
Tu nous soutins, mon père, et nous montrant là-haut,
En face de la mort, les clartés éternelles,
Tu tiras les leçons de vivre du tombeau.

Mais tu fus enlevé longtemps avant ton heure,
Toi dont le mâle exemple est mon ferme soutien ;
Toi qui veux que je lutte et non pas que je pleure,
Les yeux fixés toujours sur le vrai, sur le bien ;

Toi, jusqu’au dernier jour fort comme en ta jeunesse,
Dont le cœur rayonnait de féconde chaleur,
Toi dont la bouche, même à l’heure de détresse,
Eut ce divin souris qui fut notre bonheur ;

Toi qui, dans l’assidu commerce des grands hommes,
Puisas et leur sagesse et leur sérénité,
Et qui ne connus pas, agités que nous sommes,
Le doute où se débat notre fragilité.