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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/181

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FÉLIX JEANTET.


Et toute la douceur de leurs effluves lents
                     Me caresse et me couve :
Tels que jadis, troublés et plus encor troublants,
                Oui, tout pareils je les retrouve !

Chers yeux, miroirs plaintifs, quelle ombre habite encor
                     Vos dolentes prunelles,
Alors que maintenant s’est ouvert le décor,
                Pour vous, des choses éternelles ?

Toujours ce regret vague ou cet arrière-effroi
                     Qui les emplit vivantes !...
Chers yeux, je vous contemple, à présent, et c’est moi
                Qu’envahissent des épouvantes :

Puisque la Mort n’a pas changé votre regard,
                     Sous vos paupières lasses
Était-ce donc déjà son fantôme hagard
                Dont l’ombre ternissait leurs glaces ?

Est-ce elle, ô mon amour, que j’ai vue en tes yeux,
                     Veloutant leur caresse ?
Est-ce elle, en les voilant, qui m’a fait chérir mieux
                Les yeux profonds de ma maîtresse ?

Ô Mort fatale, écrite en ces yeux que j’aimais,
                     Une angoisse me hante :
Si c’était toi, secrètement, qui me charmais,
                Mort dormant sous leur eau dormante ?

Et quand si tendrement sur eux tant de baisers
                     Descendaient de mes lèvres,
Si j’y baisais déjà tes tourments déguisés
                Et la menace de tes fièvres ?