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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/18

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Où votre âme peut-être avait prié pour moi.
Vous vous faisiez attendre, et c’était un émoi
Délicieux de voir dans la chapelle sombre
Votre visage aimé se détacher de l’ombre
Lentement. La foi pure illuminait vos yeux
De je ne sais quel feu chaste et mystérieux ;
Mais vous n’aviez pour moi ni reproches ni plaintes,
Et vous me pardonniez, comme auraient fait les saintes,
De ne jamais plier les genoux devant Dieu.

Or, ces dimanches-là, quand le ciel était bleu,
Ensemble nous allions à travers le village,
Nous suivions les rochers ensemble, puis la plage,
Vos cheveux déroulés tremblaient au vent de mer,
L’Océan nous lançait son large souffle amer,
Et nous marchions ainsi jusque sur la jetée.
— Je n’ai pas oublié cette mer enchantée,
Le ciel clair, les flots bleus balancés mollement,
Les voiles des bateaux dans un lointain dormant,
Les grands oiseaux lancés sur nous à pleines ailes,
Ni les cris des pêcheurs, ni les voix éternelles
Qui de la mer montaient comme un hymne au ciel pur.
Vous sembliez sourire et marcher dans l’azur,
Gaie et fraîche, et pourtant plus pâle encor que rose ;
Et moi, vos moindres mots m’attendrissaient sans cause,
Mais si profondément, que j’aurais devant vous,
Comme un prêtre à l’autel, plié les deux genoux,
Et que je demeurais muet, l’âme ravie,
Tout éperdu devant la beauté de la vie.


(La Vie inquiète)


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