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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/179

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FÉLIX JEANTET.


LES YEUX DE VELOURS




Ceux dont le court destin doit borner la jeunesse
      À la fuite de quelques jours
Ont souvent des yeux doux dont le regard caresse,
               Diamants qui seraient velours !...


*
*       *


Clairs et troubles pourtant comme un flot trop profond,
               — Ciel renversé tout plein d’oiseaux,
               Où, las de traverser les eaux,
Le soleil absorbé se disperse et se fond, —

Ces yeux inquiétants des êtres condamnés,
               Vos yeux timides, vos yeux fous,
               Vos grands yeux turbulents et doux,
Si bleus quand vous viviez, la Mort les a fanés !

Si bleus, ma chère amour, ah ! que je les aimais,
               Limpides sources de clarté,
               Comme en ses jours de pureté
L’azur nouvel éclos des avrils et des mais !

Ouvrant sous les cils d’or leurs corolles de fleurs,
               Parmi la moisson des cheveux,
               C’étaient comme des bleuets bleus
Qu’une rosée à peine eût humectés de pleurs.

Si bleus quand vous viviez, la Mort les a flétris,
               Ces yeux, ces chers yeux fleurissants,
               Que j’ai fermés et dont je sens
Peser encor sur moi les regards défleuris !