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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/117

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EUGÈNE GODIN.


La seconde me dit : « Je me nomme la Gloire ;
Un éternel encens fume sur mes autels ;
Sans moi qui seule fais les hommes immortels,
Toute étoile est pâlie, et toute aurore est noire. »

La vierge blonde et nue, approchant à son tour,
Leva sur moi ses yeux où rayonnaient des flammes,
Et me dit : « Moi, je suis la glaneuse des âmes ;
Je suis l’ange toujours vainqueur ; je suis l’Amour. »



II


Et je dis à ces sœurs dont le charmant sourire
Était plein de transports et d’éblouissements :
« Voulez-vous que je compte au rang de vos amants ?
Je cherche le bonheur : m’y voulez-vous conduire ? »

« Toi, veux-tu me toucher avec ton sceptre d’or,
Ô Fortune ? — Veux-tu m’effleurer de ton aile,
Amour ? — Et toi, veux-tu m’être un moment fidèle,
Ô Gloire, que j’aimais sans te connaître encor ?

« Béni soit à jamais le ciel qui m’a fait naître,
Si vous êtes à moi ! Répondez-moi, mes sœurs,
De vos faveurs un jour saurai-je les douceurs ? »
Mais toutes trois, baissant le front, dirent : « Peut-être. »