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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/109

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JOSEPH GAYDA.


AMOUR SANS FIÈVRES




Si tu veux, nous nous aimerons
D’un amour profond mais sans fièvres,
Et côte à côte nous vivrons
Sans plus jamais unir nos lèvres ;

De nos regards seront exclus
Les feux des ivresses anciennes,
Et tes mains ne se tendront plus
Toutes fébriles vers les miennes ;

Sûrs tous deux de nos sentiments,
— L’exquise et la divine chose ! —
Sans plus nous faire de serments,
Nous resterons la bouche close.

Tu comprendras que j’ai raison,
Que nos transports étaient des leurres,
Et qu’il est un mortel poison
Dans les caresses les meilleures.

Des passions nous éteindrons
À jamais les troublantes flammes,
Et, sans fin, nous nous aimerons
Comme doivent s’aimer deux âmes :

Paisibles et silencieux,
Du seul amour qui désaltère,
Tels que deux étoiles aux cieux,
Ou tels que deux morts sous la terre.


(L’éternel Féminin)