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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t3, 1888.djvu/403

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ROBERT DE BONNIÈRES


1850




Robert de Bonnières peut déjà montrer une œuvre considérable. Après avoir étudié Saint-Evremond et Mme Chénier, et s’être trempé dans les lettres pures, il est allé là où le portait son tempérament. Ce qui marque surtout cette vigoureuse nature, c’est un attrait singulier pour la lutte.

Dans ses Mémoires d’aujourd’hui, où il prend à partie la plupart de ses contemporains littéraires et politiques, M. de Bonnières marche droit sur eux, nous voulons dire sur ses ennemis, — car il est avant tout passionné, — et, les endroits sensibles reconnus d’un coup d’ail sûr, il y plonge fortement son arme de combat. On ne sort de ses mains qu’avec de larges et profondes entailles.

Le fer empoisonné apparaît même parfois dans la main de M. de Bonnières romancier. Les Monach ne nous présentent-ils pas une collection de personnages réels à qui l’auteur a voulu démontrer toute la vivacité de ses sentiments ? Deux autres romans plus récents,Le Baiser de Maïna, rapporté de Bénarès, et Jeanne Avril, qui nous semble le chef-d’œuvre de M. de Bonnières, témoignent d’un peu d’apaisement dans cet esprit hautain et tourmenté. Il y a de l’indulgence délicate et même des larmes dans Jeanne Avril. Mais il est à craindre que cet adoucissement ne soit que passager chez M. de Bonnières, et que bientôt il ne revienne à ses véritables goûts. Lui-même ne considère-t-il pas un peu comme des distractions et des haltes légères les histoires d’amour où il s’est un instant complu et les